IA au travail en Suisse romande : pourquoi la gouvernance ne peut plus attendre
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Date
Avril 2026
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Échantillon Professionnels actifs (Tous secteurs )
n = 1'030
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Responsable de l'étude
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IA au travail en Suisse romande : pourquoi la gouvernance ne peut plus attendre
L'IA au travail en Suisse romande 2026 : adoption massive, gouvernance absente - Qualinsight
72 % des actifs romands utilisent déjà l’IA dans leur travail. Pourtant, une organisation sur deux n’a posé aucune règle, 79 % des collaborateurs n’ont jamais été formés, et 70 % des utilisateurs n’ont jamais vérifié où vont leurs données. C’est ce décalage entre les usages réels et le cadre qui est aujourd’hui le vrai point faible des organisations romandes face à l’IA. Notre étude 2026, menée avec SwissTranscript auprès de 1’030 professionnels actifs, en mesure l’ampleur. Et elle pose une question concrète aux comités de direction, aux DSI et aux RH : par où commencer ?
L’outil est arrivé avant la règle. Et c’est tout le problème.
En moins de deux ans, quelque chose a bougé dans le quotidien des gens dans les PME romandes. 72 % des actifs utilisent l’IA au travail. 40 % toutes les semaines, voire tous les jours (16%). Et 80 % de ceux qui l’utilisent en font plus qu’il y a un ou deux ans, dont 52 % beaucoup plus.
Pendant ce temps, 49 % des organisations n’ont toujours pas posé de règles claires sur l’usage de l’IA. Seules 20 % ont vraiment formalisé un cadre. Le reste navigue à vue, entre quelques recommandations partielles et des zones grises confortables pour personne.
Ce n’est pas anecdotique. Habituellement, dans une organisation, une nouvelle techno passe par une phase pilote, une validation IT, une politique d’usage, une formation, puis un déploiement. Avec l’IA générative, on a pris le chemin inverse. Les collaborateurs ont commencé seuls, depuis leur navigateur, avec des comptes gratuits. Et les organisations découvrent les usages après coup, parfois par hasard, en réunion, quand quelqu’un dit « j’ai demandé à ChatGPT de me faire le compte rendu ».
Le sujet n’est plus « faut-il adopter l’IA ». Il est devenu « comment on encadre, maintenant qu’elle est partout ».
Pourquoi cette étude, pourquoi maintenant ?
Beaucoup de publications parlent de ce que l’IA promet. Très peu mesurent ce que les gens en font vraiment, ici, en Suisse romande. Or notre marché a ses particularités. Beaucoup de PME, du multilinguisme, une culture de la discrétion bien ancrée, une LPD exigeante et une vraie sensibilité à la confidentialité, surtout dans la santé, le public, la banque ou les RH.
Notre étude, mené en mars 2026 avec SwissTranscript auprès de 1’030 professionnels actifs tous secteurs, a été conçue pour combler ce vide. Il s’adresse en priorité à ceux qui portent aujourd’hui la responsabilité du cadre IA :
- les dirigeants, qui doivent arbitrer entre vitesse et maîtrise des risques,
- les DSI et responsables IT, qui voient le shadow AI s’installer sans toujours pouvoir le tracer,
- les RH, qui se retrouvent à former et à encadrer des usages déjà bien installés.
Le contexte pousse à agir. L’AI Act européen entre en application complète en août 2026, avec une obligation de formation des équipes. La Suisse n’a pas de loi IA spécifique pour l’instant, mais la LPD s’applique pleinement à tout ce qui transite par ces outils. Et notre étude montre clairement que le chantier est ouvert.
Trois constats qui posent l’agenda des prochains mois
1. L’adoption a pris de l’avance sur les compétences
C’est probablement le constat qui devrait alerter en premier les directions générales et les RH.
Graphique 1 — L’adoption (72 %) a largement précédé la montée en compétences : 79 % des actifs romands n’ont jamais été formés à l’IA. Source : Étude Qualinsight × SwissTranscript, mars 2026. Base : 1’030 professionnels actifs en Suisse romande.
72 % des actifs utilisent l’IA. 79 % n’ont jamais été formés. En clair, on utilise massivement des outils qu’on n’a jamais appris à manier.
Ça se voit dans le niveau de pratique. 77 % des utilisateurs en restent à un niveau basique : prompts simples, requêtes ponctuelles, pas d’itération. Seulement 6 % maîtrisent les pratiques vraiment avancées (chaînage, contextualisation, prompts structurés). On a donné un instrument à tout le monde, on n’a pas pris le temps d’apprendre à en jouer.
L’écart d’usage entre formés et non formés est par contre très net. Quelqu’un qui a été formé utilise l’IA deux fois plus souvent qu’un collaborateur qui ne l’a pas été : 63 % d’usage hebdomadaire chez les formés, contre 34 % chez les non formés. La formation n’est donc pas un confort. C’est ce qui transforme une utilisation occasionnelle en valeur réelle.
Et pourtant, 32 % des actifs ne voient pas l’intérêt de se former à l’IA. C’est le premier frein, devant le manque de temps (24 %) et le coût (18 %).
Le frein principal n’est pas logistique, ni budgétaire. Il est culturel. Les actifs ne perçoivent pas le sens d’une formation IA tant qu’on ne la relie pas à un cas d’usage métier concret.
Pour les RH : la formation IA générique ne marche pas bien. Ce qui marche, c’est partir d’une douleur opérationnelle réelle et apprendre aux équipes à la résoudre avec l’IA. Compte rendu de réunion pour les commerciaux, synthèse de dossier pour les juristes, traduction pour la com’. Les formations qui partent d’un besoin immédiat ont un taux de complétion trois fois plus élevé que les modules généralistes.
2. L’usage s’est intensifié, et ce n’est pas terminé
Pour comprendre l’urgence du cadre, il faut regarder la dynamique. L’IA n’est pas un phénomène stabilisé. Elle accélère.
Graphique 2 — 80 % des utilisateurs déclarent un usage plus élevé qu’il y a un à deux ans, dont 52 % beaucoup plus. Source : Étude Qualinsight × SwissTranscript, mars 2026. Base : 691 utilisateurs d’IA actifs en Suisse romande.
80 % des utilisateurs en font plus qu’il y a un ou deux ans. Plus de la moitié (52 %) parlent d’une intensification forte. On n’est plus dans la curiosité, on est dans l’intégration progressive aux routines de travail.
Ce que ça veut dire, très concrètement : les organisations qui posent un cadre aujourd’hui le font sur un périmètre qui aura encore doublé dans 18 mois. Attendre, c’est s’assurer de devoir rattraper plus tard, sur une base plus large, plus dispersée, et beaucoup plus difficile à reprendre en main.
C’est aussi pour ça que le shadow AI n’est plus une exception. 27 % des utilisateurs emploient des outils d’IA sans validation officielle de leur employeur ou du service IT. Et 72 % des usagers utilisent au moins une version gratuite, typiquement un compte personnel ChatGPT ou Gemini, sur lequel l’organisation n’a aucune visibilité. Aucun journal d’accès, aucune politique de rétention, aucune idée de ce qui est partagé.
Pour les DSI : la question n’est plus de savoir s’il y a du shadow AI dans votre organisation. Il y en a. La vraie question, c’est ce que vous faites des données qui transitent aujourd’hui par ces outils. Documents internes, comptes rendus, données clients, données RH. Tout ça part quelque part, et 60 % des actifs romands ne savent pas où.
3. Une organisation sur deux avance sans règles claires
C’est probablement le chiffre le plus parlant pour les comités de direction.
Graphique 3 — 49 % des actifs travaillent dans une organisation sans règles claires sur l’IA. Seules 20 % en ont formalisé. Source : Étude Qualinsight × SwissTranscript, mars 2026. Base : 1’030 professionnels actifs en Suisse romande.
49 % des actifs travaillent dans une organisation qui n’a posé aucune règle claire sur l’IA. 19 % évoluent dans un cadre partiel. Seulement 20 % bénéficient de règles vraiment formalisées. Et 12 % ne savent même pas s’il existe une politique IA chez eux.
Ce vide a un coût opérationnel direct. Il fait peser sur chaque collaborateur la responsabilité d’arbitrer tout seul ce qui peut ou ne peut pas être confié à un outil IA. Quel document on peut copier dans ChatGPT ? Quelles données client on a le droit de partager ? Qu’est-ce qui se passe si l’IA hallucine dans une note destinée à un dossier juridique ? La plupart du temps, le collaborateur tranche seul, parce que personne ne lui a dit. Et il fait au mieux, avec ses moyens.
Sans règles claires, ce n’est pas l’absence d’usage qui menace l’organisation. C’est l’usage non maîtrisé.
Le paradoxe le plus parlant de notre étude tient en deux chiffres. 77 % des actifs veulent une régulation IA claire, mais 70 % n’ont jamais vérifié où vont leurs données. L’attente d’un cadre est forte, y compris chez les utilisateurs eux-mêmes. Mais le réflexe individuel de vérification reste faible. C’est exactement pour ça qu’une approche organisationnelle est nécessaire. On ne peut pas faire reposer la conformité IA sur la vigilance individuelle de chaque collaborateur.
Le niveau de maîtrise : un chantier discret mais central
Au-delà du cadre et de la formation, un autre constat de l’étude mérite l’attention des dirigeants. Il est plus discret mais lourd de conséquences : la majorité des utilisateurs n’exploite qu’une petite partie de ce que les outils permettent.
Graphique 4 — 77 % des utilisateurs en restent à un niveau basique : 43 % de prompts simples, 34 % pas du tout familiers avec l’écriture de prompts. Seulement 6 % pratiquent les prompts avancés. Source : Étude Qualinsight × SwissTranscript, mars 2026. Base : 728 utilisateurs d’IA actifs en Suisse romande.
Plus d’un tiers des utilisateurs (34 %) disent ne pas être à l’aise avec l’écriture de prompts. Ils utilisent l’IA, mais sans vraiment savoir comment lui parler. 43 % en restent à des requêtes basiques. Seulement un quart pratique des prompts structurés ou avancés.
Ça explique pourquoi 82 % des actifs gagnent moins de 3 heures par semaine grâce à l’IA, alors que les organisations qui ont structuré l’usage en font un vrai levier de productivité. La promesse existe, mais elle est inachevée. Pas par manque d’outils. Par manque d’intégration dans les processus métier.
Le sujet de la maîtrise n’est donc pas un détail technique réservé à des power users. C’est l’endroit où se joue le retour sur investissement réel des outils déjà en place. Et c’est un chantier que personne ne porte tout seul. Il croise le choix d’outils (IT), les cas d’usage métier (managers de proximité) et la formation (RH).
Le cas SwissTranscript : la transcription de réunions, terrain miniature de tous les enjeux
S’il fallait choisir un cas d’usage qui illustre, en grandeur nature, à peu près tous les arbitrages que l’IA pose aux organisations romandes, ce serait celui-ci. L’enregistrement et la transcription automatique des réunions.
C’est un usage à la fois très utile et très sensible. Il transforme des échanges oraux, souvent riches, parfois confidentiels, en données exploitables : comptes rendus, suivis d’action, archives consultables. Et il touche directement les métiers du quotidien. Les RH, pour les entretiens et les recrutements. Le juridique. La direction, pour les comités et conseils. Le commercial, pour les calls clients. La santé, pour les réunions cliniques. Le secteur public, pour les séances officielles.
Le potentiel est réel. 47 % des actifs romands représentent un potentiel à court terme sur ce cas d’usage : 19 % l’utilisent déjà, 28 % se déclarent intéressés. Mais c’est aussi sur ce terrain que la question du consentement et du cadre devient la plus aiguë.
Graphique 5 — 60 % des actifs sont réservés face à l’enregistrement par une IA, mais 63 % acceptent si le cadre est clair. Le refus catégorique ne représente que 24 %. Source : Étude Qualinsight × SwissTranscript, mars 2026. Base : 1’030 professionnels actifs en Suisse romande.
60 % des actifs sont réservés face à l’enregistrement par une IA. Mais (et c’est le point décisif) 63 % acceptent si le cadre est clair : accord explicite des participants, usages limités définis à l’avance, hébergement maîtrisé. Le refus catégorique ne représente que 24 %.
Ce que ça nous dit est important. Les actifs romands ne rejettent pas la technologie. Ils rejettent l’opacité. Ils acceptent l’enregistrement IA quand l’organisation prend la peine de poser un cadre. Ils le refusent quand elle ne le fait pas.
« Le sujet est sensible, il faut le prendre au sérieux. » C’est le sens majoritaire des réponses ouvertes.
C’est précisément le pari fait par SwissTranscript : proposer une solution de transcription IA dont les caractéristiques sont alignées avec les exigences des environnements sensibles romands.
Dès qu’une IA touche à des contenus sensibles, la souveraineté des données, le consentement explicite et la traçabilité ne sont plus des options. Et ça vaut bien au-delà de la transcription, pour tout déploiement IA en environnement RH, santé, public ou financier.
L’agenda concret pour dirigeants, IT et RH
Notre étude met en évidence quatre chantiers qui se tiennent les uns aux autres. Aucun ne fonctionne tout seul.
1. 🗺️Cartographier (DG + IT)
Avant de définir une politique, il faut savoir ce qui se passe déjà. Quels outils IA sont utilisés dans l’organisation ? Par qui ? Pour quelles tâches ? Sur quelles données ? Cette cartographie est la base de tout. Elle permet de distinguer les usages à encadrer, ceux à encourager, et ceux à proscrire. C’est un audit léger : questionnaire interne, échanges avec les managers de proximité. Mais c’est indispensable.
2. 📋Clarifier (DG + Juridique + RH)
Une politique IA n’a pas besoin d’être un document de 40 pages. Elle doit répondre à quelques questions précises.
- Quels outils sont autorisés, lesquels ne le sont pas, lesquels sont tolérés sous conditions ?
- Quelles catégories de données ne doivent jamais être saisies dans un outil IA grand public ?
- Qui est responsable en cas d’erreur ou de fuite ?
- Quelle est la règle pour l’enregistrement de réunions ?
Le simple fait de poser ces réponses noir sur blanc fait sortir 49 % des organisations de la zone grise dans laquelle elles opèrent aujourd’hui.
3. 🎯Former (RH + Managers métier)
Les formations IA qui marchent ne sont pas génériques. Elles partent d’un cas d’usage métier, d’une douleur opérationnelle réelle, et apprennent aux collaborateurs à la résoudre avec l’IA. C’est comme ça qu’on lève le frein du « je ne vois pas l’intérêt » (32 % des répondants) et qu’on transforme un usage basique (77 %) en pratique structurée. Encore une fois, les formations liées à un besoin immédiat ont un taux de complétion trois fois plus élevé que les formations généralistes.
4. 🔒 Sécuriser (IT + Juridique)
Sur les usages les plus sensibles (RH, santé, données clients, juridique, public), les outils grand public ne peuvent plus être la solution par défaut. C’est là que les solutions souveraines, à l’image de SwissTranscript pour la transcription, prennent tout leur sens : hébergement local, consentement traçable, audit des accès. 45 % des répondants travaillent dans des secteurs sensibles (santé/social 20 %, administration publique 13 %, enseignement 7 %, banque/assurance 5 %). Pour eux, le cadre n’est pas une option de confort.
Ce qu’il faut retenir
| Adoption massive | 72 % des actifs utilisent déjà l’IA au travail. Le sujet n’est plus faut-il adopter, mais comment encadrer. |
| Structuration insuffisante | 49 % des organisations sans règles claires, 79 % de collaborateurs jamais formés. L’IA va plus vite que les politiques internes. |
| La confiance fait la différence | 60 % d’actifs réservés sur les usages sensibles, mais 63 % acceptent si le cadre est clair. La maîtrise des données devient un facteur de compétitivité. |
L’enjeu, pour les comités de direction, les DSI et les RH romands, n’est pas de freiner une dynamique qu’ils n’arrêteront pas. C’est de lui donner un cadre dans lequel elle puisse créer de la valeur sans créer de risque.
Cartographier, clarifier, former, sécuriser. Ces quatre verbes, menés en parallèle, transforment une adoption subie en maîtrise organisationnelle.
Téléchargez le rapport complet gratuitement
Cet article présente les grandes lignes de notre étude, mais le rapport complet va beaucoup plus loin : données détaillées par secteur, par tranche d’âge et par niveau de formation, analyses croisées sur le shadow AI et la perception des risques, focus sur les environnements sensibles (santé, administration, banque/assurance), et recommandations opérationnelles prêtes à l’emploi.
Méthodologie
Étude réalisée par Qualinsight en partenariat avec SwissTranscript, auprès de 1’030 professionnels actifs résidant en Suisse romande, via le panel « Votre Opinion ». Questionnaire en ligne structuré (7–9 min, quantitatif et qualitatif). Terrain réalisé en mars 2026. Échantillon représentatif tous secteurs d’activité : employé·e·s sans encadrement (64 %), cadres (20 %), indépendant·e·s (9 %), direction/CEO (4 %). Répartition par âge : 18–34 ans (27 %), 35–50 ans (41 %), 50–64 ans (32 %). Genre : 50 % hommes, 50 % femmes.
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Qualinsight accompagne les organisations romandes dans leurs études quantitatives et qualitatives (baromètres, études d’usage, segmentation, tests de concept), y compris sur les sujets émergents liés à l’intelligence artificielle au travail.




